Les étudiants réfugiés francophones Imprimer
Écrit par Hervé Hamon   

L’Entraide Universitaire Française (EUF) est une association dont l’activité consiste d’abord, aujourd’hui, à aider chaque année, financièrement et pédagogiquement, environ 150 étudiants réfugiés statutaires, répartis sur tout le territoire national (2/3 en région parisienne, 1/3 en province) et ne pouvant bénéficier d’une bourse « normale » du fait de leur âge, des circonstances ou des singularités de leur parcours. Il s’agit en somme de permettre à des étudiants étrangers, en situation a priori difficile, d’accéder à l’enseignement supérieur français et surtout d’y réussir. C’est pourquoi les candidats sont retenus après entretien avec un universitaire, qui permet de tester la pertinence du projet d’études envisagé.

 

Deux grandes périodes depuis 1945

Jusqu’au milieu des années 1980, l’Entraide concevait volontiers son action comme un rouage, certes modeste, de la présence intellectuelle et culturelle de la France dans le monde. Pendant longtemps, en effet, l’étudiant réfugié pouvait être considéré, au moins potentiellement, comme un futur intellectuel en transit en France, pays de haute culture.

Illustration extrême d’une telle situation : l’EUF compte parmi ses boursiers du début des années 1950 Alexander Grothendieck, né en 1928 à Berlin d’un père anarchiste russe tué par les nazis et d’une mère femme de lettres réfugiée en France, qui obtient en 1966 la médaille Fields de mathématiques, équivalent à un prix Nobel. Cette perspective était en cohérence avec le fait que les moyens de financement de l’Entraide venaient alors essentiellement du ministère des Affaires étrangères, le plus souvent par l’intermédiaire – il faut le noter – du SSAE. Depuis une quinzaine d’années, le contexte a profondément changé. D’une part, les études universitaires se sont beaucoup spécialisées et professionnalisées, en même temps que s’estompait la figure de « l’intellectuel français ». D’autre part, les étudiants réfugiés ont de plus en plus le projet de rester en France et de s’y insérer professionnellement, ce qui les conduit, comme les étudiants français et avec les mêmes difficultés qu’eux, à attendre de l’université qu’elle leur ouvre l’accès à l’emploi. Parallèlement, depuis 1997, les bourses de l’Entraide sont principalement financées dans le cadre d’une convention avec le ministère en charge des Affaires sociales (Direction de la population et des migrations), qui évoque explicitement l’objectif d’insertion professionnelle par les études1. Il résulte de tout cela que le boursier de l’EUF est moins souvent que naguère thésard en sciences ou en lettres et plus souvent élève dans un institut de formation en soins infirmiers ou étudiant en gestion...

 

Qu’en est-il, dans ce nouveau contexte, de l’espace francophone des réfugiés ?

On observe d’abord qu’il s’agit d’un vaste espace. En effet, depuis quelques années, les deux tiers des boursiers de l’EUF viennent des pays francophones : 85 viennent d’une douzaine de pays africains et choisissent en grande majorité les études de sciences humaines et sociales, ou de droit-économie-gestion-comptabilité ; 15 viennent d’Haïti et font à peu près les mêmes choix2. Ces étudiants ont l’occasion de se rencontrer lors des réunions organisées chaque année pour les boursiers. Au-delà de ce constat, l’Entraide s’efforce d’avoir une politique volontariste en matière de compréhension du français comme langue et comme forme de pensée. Il s’agit là en effet, l’expérience l’a montré, d’une condition préalable à la réussite dans les études et a fortiori dans l’insertion professionnelle. C’est pourquoi, dans la limite de ses moyens, l’Entraide finance des cours de français aux étudiants en cours d’études, et parfois à ceux qui ont simplement un projet d’études. Elle organise aussi des séminaires de méthode pour ceux qui ont besoin de se familiariser avec les méthodes de travail et de rédaction de mémoire en vigueur dans l’université française. Enfin, certaines thèses font l’objet d’une attention particulière, en raison de leur lien avec la culture francophone (cf. par exemple la thèse d’un réfugié rwandais sur « Le roman zaïrois de langue française » soutenue avec félicitations du jury, une thèse en cours portant notamment sur l’oeuvre d’Aimé Césaire, etc.).

 

Hervé Hamon

Président de l’Entraide Universitaire Française

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1 L’EUF faisant partie d’une fondation (Fondation Entraide Hostater), elle bénéficie de revenus qui lui assurent l’autonomie de son fonctionnement. Les subventions publiques qui lui sont accordées sont donc en quasi-totalité reversées aux étudiants.

2 À ces chiffres on pourrait ajouter celui des étudiants africains et haïtiens dont la candidature à une bourse n’est pas retenue, qui sont environ 75 chaque année.